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Sortie coup de poing du professeur Frédéric Laurin contre la filière batterie

Sortie coup de poing du professeur Frédéric Laurin contre la filière batterie
Frédéric Laurin / Alexis le matin

Voici l'intégral du texte de Frédéric Laurin :

Un contre-exemple de développement économique moderne,

par Frédéric Laurin, Ph.D. en économie.

Professeur en économie spécialisé en développement régional, Université du Québec à Trois-Rivières, et chercheur à l’Institut de recherche sur les PME (INRPME)

Un peu plus de 9 milliards de dollars seront investis par les deux niveaux de gouvernements pour garantir la localisation de trois usines de fabrication de batteries pour véhicules électriques à Bécancour (Ford-EcoPro et GM-POSCO) et à McMasterville (Northvolt).

Bien que ce projet semble attractif a priori, une évaluation de ce projet sous l’angle des bonnes pratiques en matière de développement économique régional permet de comprendre pourquoi ce choix industriel n’est assurément pas le bon pour le Québec.

Il faudrait prendre le temps passer en revue les théories modernes de développement régional pour bien saisir cette critique, ce qui est fait dans cette note politique : http://fredericlaurin.com/batteries/. Je condense dans cette lettre les principaux arguments.

Dans une ère de restrictions budgétaires et de pénuries diverses (main-d’œuvre, espaces industriels, énergies, logement, etc.), le choix d’investir et de développer la filière batterie au Québec se fera nécessairement au détriment des autres filières se retrouvant en compétition pour les mêmes ressources limitées.

Avec le manque de main-d’œuvre, ces usines étrangères risquent de siphonner les travailleurs provenant d’entreprises d’ici, affaiblissant l’écosystème entrepreneurial du Québec. On déshabille Sophie pour habiller Jacques…

Dans ce contexte de pénuries, une stratégie moderne doit plutôt travailler sur la croissance de la valeur ajoutée (innovation, productivité, qualité, etc.), plutôt qu’un développement par l’attraction d’entreprises étrangères grandes consommatrices de ressources.

C’est pourquoi cette course mondiale à la subvention pour l’attraction de simples usines d’assemblage correspond à une stratégie économique généralement mise en œuvre par des régions en retard économique, qui ont besoin de créer des emplois.

Par ailleurs, la filière batterie au Québec ne remplit aucune des conditions d’un pôle industriel international, même émergeant. Premièrement, il n’y a aucune masse critique d’entreprises dans le secteur. Même avec les investissements annoncés, la province serait très loin derrière les États-Unis, la Chine, et même la Hongrie et la Pologne!

Deuxièmement, une entreprise déployant une forte intensité en activités d’innovation aura des retombées bien plus grandes sur l’écosystème économique qu’une simple usine d’assemblage. Or, il n’y a aucune confirmation que ces usines y feront de l’innovation; leurs technologies ayant été développées dans d’autres pays (Suède, Allemagne, Corée du Sud).

Troisièmement, il faut un fort réseau de collaboration, de partage et de co-développement entre les parties prenantes de la chaîne de valeur. Toutefois, on n’a aucune assurance que les usines de batteries au Québec développeront un véritable réseau de sous-traitance locale : elles disposent déjà d’un système d’approvisionnement mondial. Certes, il existe quelques usines de transformation du lithium au Québec, mais cela ne constitue en rien un pôle majeur à ce jour.

Les meilleures pratiques en matière de développement régional priorisent d’abord le développement des forces vives déjà présentes sur le territoire. Les entreprises locales ont généralement un ancrage territorial plus fort qui permet de maximiser les retombées économiques. Elles sont moins à risque de quitter leur région d’origine et elles encouragent davantage l’achat local.

D’ailleurs, les principaux créneaux internationaux du Québec ont tous émergé du leadership d’une organisation québécoise innovante, par exemple : Bombardier (aéronautique), Alcan (aluminium), Hydro-Québec (hydroélectricité) et MILA (intelligence artificielle). C’est rarement le cas d’une usine étrangère.

Pour un territoire comme le Québec, les stratégies d’attraction des investissements étrangers se montrent efficaces lorsqu’elles sont intelligemment ciblées sur des segments précis et innovants d’une chaîne de valeur déjà établie. Mais, dans le cas des batteries, le Québec participe à une surenchère internationale très coûteuse pour créer de toute pièce une filière, alors que la province n’a aucun leader international dans ce domaine.

Évidemment, la filière batterie générera des retombées au Québec. Par contre, on ne comptabilise pas les effets négatifs, notamment sur la main-d’œuvre des PME québécoises, ni les coûts environnementaux (importantes contamination des sols).

C’est typique d’une approche « top-down », le gouvernement du Québec imposant aux communautés locales un modèle de développement, pour le meilleur et pour le pire, alors qu’on recommande plutôt une approche « bottom-up » conçue et co-construite par les acteurs locaux.

Et si on avait plutôt décidé d’investir 9 milliards dans la productivité et l’innovation d’entreprises et de créneaux québécois déjà bien implantés au Québec, aurions-nous eu plus de retombées? La réponse est oui en regard des théories modernes du développement régional.

Loin d’être composé que de « Tim Horton’s », l’écosystème québécois repose sur de multiples entreprises innovantes et dynamiques. Le gouvernement de M. Legault devrait donc faire davantage confiance au génie québécois s’il souhaite rattraper l’Ontario plutôt que d’accroître artificiellement la productivité moyenne de la province avec des usines étrangères, à coût de milliards de dollars.

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